La radio du bon goût

InfoVino

Pas le temps de suivre l’actu du vin que vous aimez ?
Je fouille les Internets pour vous, je choisis avec amour et minutie le meilleur de la presse mondiale – garanti zéro bullshit -, le plus bizarre, le plus inspirant ou le plus énervant. Et je partage mes trouvailles dans la Wineletter.
Normalement, c’est une fois par mois… mais pour Radiovino, c’est une fois par semaine.
Bonne dégustation !
Julie Reux

NOVEMBRE

WTF

Patagonia -oui oui, le roi de la polaire et de la doudoune – produit des vins naturels, du cidre, du saké et même de la piquette en cannette de Nouvelle-Zélande. Le tout en partenariat avec des vignerons comme Franck Cornelissen (Etna) ou le château de Beru (Chablis).
Pourquoi ? « Ca commence par l’idée d’un lien à un endroit »., paraît-il, et surtout quand la marque s’est mise à vendre des snacks et des conserves à emporter en randonnée.
#vertige

Raisin a besoin de vous

Je suis sûre que vous avez installé l’appli sur votre téléphone. Raisin, la startup créée en 2016 par l’amoureux du vin nat’ Jean-Hugues Bretin, est engagé dans une intense levée de fonds citoyenne : l’appli a besoin de vous. Chacun peut donc investir à partir de 100€ dans l’entreprise qui répertorie plus de 7000 adresses dans le monde, et bientôt 3000 producteurs.
Le tout sans publicité, ni vente de données.

Elsass

Les jeunes vignerons d’Alsace, réunis en association, militent pour une reconnaissance des terroirs alsaciens, à rebours de la tradition locale basée sur la primauté des cépages, nous explique le Rouge & Blanc.

Yes we cannette (pardon)

Donc Cacolac (si vous en avez déjà bu, c’est que vous êtes officiellement vieux, sachez-le) lance son vin en cannette, et construit pour cela une usine à Pessac-Leognan.
Pourquoi en parlé-je dans une lettre dédiée aux vins jolis ? Parce que la cannette, en fait, c’est plus écolo que la bouteille en verre, premier poste d’émissions en GES (29%) du bilan carbone du vin : 675g de CO2 e/L pour le verre contre 190g de CO2 e/L pour la cannette (source : « Quel vin pour demain ? », éd. Dunod, un livre que je vous recommande fortement).
Bref : c’est peut-être moche, mais c’est peut-être aussi ça qui nous sauvera, allez savoir ?

Il l’a fait

Quwâ, vous n’étiez pas au courant ? Mais tout le monde savait !
Qu’importe, c’est désormais officiel : Jean-François Ganevat, roi du Jura, a vendu son domaine.
Il faut lire cet interview de la RVF, vraiment passionnant. Le vigneron y confie sa peur de l’avenir, et des conséquences de la « starification » des vignerons.
A méditer.

OCTOBRE

Ca s’en va et ça revient…

Côté pile, la France continue de perdre des exploitations viticoles = -41% en vingt ans !!! et même -74% en Pays de Loire !!!!!!!! Une hémorragie !
Côté face : le métier continue de faire rêver, y compris les investisseurs. Et dans certaines appellations qui ont failli disparaître de la carte, une vraie dynamique d’accueil des néo-vignerons peut parfois faire la différence, comme à Montlouis où émergent aujourd’hui des jeunes talents prometteurs.

Epique époque

C’est l’histoire d’un couple de Californiens, Chenoa Ashton-Lewis and Will Basanta. Ils sont beaux, jeunes, et ils travaillent dans l’industrie du cinéma, ses grands-parents à elle ont un domaine viticole. Le domaine brûle dans les incendies géants de 2020. Puis le grand-père meurt d’un cancer. Le couple revient (c’est le Covid, ils n’ont plus de travail), s’attelle à sauver ce qui peut l’être découvre que de la vigne brûlée émergent de nouvelles pousses, puis des raisins. Mais les raisins reviennent à la famille, et voilà le couple toujours passionné qui fait du vin avec ce qu’il trouve, du raisin de vignes abandonnées à LA, du sureau ou en mélangeant du jus de pomme et du vin (faute d’eau pour faire de la piquette because la sécheresse)… Le tout en « zero zero » comme le veut la nouvelle tendance californienne. Nan mais franchement : on a hâte de voir ça en série sur Netflix, non ?

Sale temps sur Bordeaux

Vous en avez forcément entendu parler : le Procès du classement Saint-Emilion, avec pas mal de beau monde dans le box des accusés. Eric Morain défend les plaignants, et le délibéré est attendu le 25 octobre. Quel que soit le verdict, on dirait bien qu’une page est en train de se tourner en Gironde…
Mais il y a une autre affaire qui fait moins la une des journaux : celle de Valérie Murat et de son combat contre HVE et les pesticides. Elle a perdu, a été condamnée à 125000 euros d’amende pour dénigrement des vins de Bordeaux, et maintenant les Vins de Bordeaux veulent l’empêcher de faire appel. Verdict le 13 octobre.

Bio et bon à la fois

« Le vin bio est meilleur que le vin conventionnel, et le vin biodynamique, encore meilleur que le vin bio. » Ceci n’est pas de la provoc mais de la science, nous explique Le Monde, qui évoque là le travail de deux chercheurs français sur 128182 vins français. C’est peut-être un indice pour comprendre pourquoi le bio continue de se développer dans le vignoble, au point que la France représente aujourd’hui un quart du vignoble bio dans le monde (info à replacer dans le prochain dîner mondain, de rien).
Vitisphère a creusé les chiffres, et le premier vignoble bio de France est… Bordeaux, en surface. En proportion (la seule façon valable de comparer, si vous voulez mon avis #datapif), c’est moins foufou, puisque c’est 16,8% de bio à Bordeaux, moins que la moyenne nationale (17,3%). Mais pendant ce temps-là, ils stagnent à 5% en Champagne… Hélas, le temps m’a manqué pour vous faire une petite carte du bio en Loire. Mais voici quelques chiffres intéressants quand même. A Chinon, un tiers des vignerons sont désormais en bio,
par exemple ! Et malgré l’accélération des conversions, il n’y a toujours pas assez de vin bio pour satisfaire la demande.

SEPTEMBRE

Pourquoi les vignerons français ne répondent jamais aux emails ?

En gros : parce qu’ils ont autre chose à faire [EN]. Un petit article bien senti d’HannahFuellenkemper, écrivin / vigneronne en Ardèche, qui résume assez bien la situation, je crois.

Climat (de m.)

En Vendée, ils n’ont pas connu ça depuis 60 ans.
Dans le Sud, on s’interroge sur les effets directs et indirects des incendies sur les vignes ; des domaines entiers ont été détruits en Provence.
En Alsace, en Loire, en Champagne, le mildiou a fait des ravages, au point qu’une dérogation a été mise en place sur les quantités de cuivre autorisées… Bref, dans l’ensemble du vignoble français, c’est une année «éprouvante », euphémise Le Monde.
Et ailleurs, ce n’est pas top non plus. En Californie, ils en sont au point de revoir l’Index (une sorte de carte qui indique où et quoi planter), établie après le phylloxéra. Bref, vivement 2022.

Devoirs de rentrée

A découvrir, si vous ne la connaissez pas, la newsletter « Vinclusif » de Sandrine Goeyvaerts, au nom très explicite. Si le propos vous plaît, ou si justement il vous insupporte, je vous recommande la lecture de son
« Manifeste pour un vin inclusif » (éd. Nouriturfu), publié en cette rentrée 2021.
Vous pouvez aussi écouter avec profit l’ITW de Delphine Aslan, « Le Vin et le Genre ».

Biodynamic wars

Sébastien Lapaque a cherché dans l’Ancien Testamentl’origine des vertus traditionnellement associées à la corne de vache, pour éclairer l’utilisation de ladite corne pour la fameuse « 500 ». Pourquoi pas.
Mais moi, je déclare officiellement foutue toute tentative de débattre sereinement de la
biodynamie. C’est mort.
Par exemple, Le Monde a essayé cet été, avec une série d’articles sur Steiner. Ce qui a valu à ses auteurs une shitstorm d’anthologie sur les Internets. Les coulisses de cette guerre sont à découvrir dans cette longue enquête d’Arrêt sur Image, à compléter utilement par cette enquête de 2020 sur la guerre de l’info scientifique. Ou par le compte-rendu du « procès d’un lanceur d’alerte sur l’anthroposophie » par Rue89Strasbourg (et les commentaires, #ohmygod).
Ma conclusion : on n’a pas le cul sorti des ronces.

Pourtant, “l’étude d’une centaine de publications scientifiques indique une amélioration d’environ 70% des indicateurs biologiques du sol en agriculture biodynamique (…) », un article à lire dans Vitisphère. Et qui pourrait clore le débat, mais non, puisque c’est plus rigolo de parler des forces cosmiques et des êtes surnaturels qui se « cachent ».