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INTERVIEWS

Chez RadioVino on aime le son, la musique, le vin bien sûr, et toutes celles et ceux qui en font et en parlent.
Dans ces podcasts on leur laisse la parole sur des longues périodes, on prend le temps de les écouter, et on recueille leurs impressions, déclarations, confidences, éclats de rire…

Marcel Richaud : « La chance que j’ai eue c’est de ne pas avoir appris l’œnologie ».

Nous avons rencontré Marcel Richaud chez lui à Cairanne, et il est revenu avec humilité et humour sur son parcours, les gens qui l’ont influencé, aidé, et sur ses rapports avec son père.
Interview : Marie-Ève Lacasse
Montage, verbatim : Laurent Le Coustumer Musique : Iceblink, Cellphone In The Bath

VERBATIM

[Marcel Richaud] À l’époque, mes parents étaient en cave coopérative et c’était saugrenu pour moi de ne pas faire de vin. Mais je n’ai absolument rien contre le système coopératif, qui leur a permis de vivre à une époque d’après-guerre où ils n’avaient pas un rond et où ils étaient endettés. Donc la coopération a des vertus. Aujourd’hui, d’ailleurs, c’est une coopérative qui marche plutôt très bien avec des gens à la tête qui sont des vignerons et vigneronnes plutôt d’excellence, et un gérant de cave, Denis Crespo, qui est un bonheur d’homme. Ce n’est pas un vigneron qui fait une appellation, c’est une communauté de vignerons qui en font la qualité et qui vont l’élever. À l’âge de douze ans, j’ai connu les chevaux à la ferme. Donc on vient de ce monde. Mes parents ont vécu la difficulté de conserver le domaine et la propriété, ils ont vécu l’après-guerre, ce qui a été d’énormes sacrifices. Parce que quand d’autres allaient faire leur vie à Paris ou dans les grandes villes et abandonnaient l’agriculture, eux l’ont transmise. Ils l’ont conservée, et c’est bien entendu nous, enfants, qui en avons fait les bénéfices. Parce que aujourd’hui, l’agriculture est plus rémunératrice et nous apporte le confort qu’ils n’ont pas eu. Moi je suis un vigneron qui a juste le Certificat d’études obtenu à la communale et rien d’autre. Je me suis formé sur le tas, dans les vignes, en travaillant dans les caves, en visitant d’autres vignerons de la Loire à l’Alsace et dans les pays limitrophes : Espagne, La Rioja et compagnie. Et c’est comme ça que j’ai grandi parce que je n’avais rien appris dans ma jeunesse, je dois l’avouer, c’est la passion qui m’a permis de bien évoluer. Et évidemment, Marie à côté de moi. Et la chance que j’ai eue, c’est justement de ne pas avoir appris l’œnologie et évidemment de ne pas avoir été déformé par des techniques trop envahissantes, trop strictes et pénalisantes — parce qu’on vous a appris jusqu’où vous pouvez aller et les interdits, eh bien vous mettez du soufre, vous acidifiez et vous filtrez stérile, voilà, point. Et là, vous avez perdu la moitié du potentiel de la vraie seule chose qu’il faut préserver, c’est le fruit et le raisin. Mais bon, voilà pourquoi je suis tombé là-dedans, c’est grâce à des jeunes du Beaujolais aussi. Des Max Breton des Jean Foillard et Marcel Lapierre. Marcel était fédérateur et nous a conduit un petit peu dans cette voie. Et puis quelques parisiens pour moi qui resteront des grands souvenirs, des François Morel ou Bernard Pontonnier, des gens qui ont été des précurseurs. Ils ont remis à la mode le bistrot à vin qu’on voit partout en France aujourd’hui. Ce sont ces gens-là, comme Luc Desrousseaux, qui est aujourd’hui à Arles avec un bistrot, le Gibolin. On est tous de la même génération. Il y a eu des précurseurs, il y a eu, comme ça, un mouvement autour du vin. Eux étaient de l’autre côté du comptoir et nous, on prenait des baffes, ils nous disaient « mais p…, qu’est-ce qui s’est passé, Marcel, avec tes vins, tu as filtrés ? Quand on les a goûtés dans ta cuve, c’était pas les mêmes ». Et du coup, ça nous a fait réfléchir. On a accepté la critique et on est allés plus loin. Je suis foncièrement pour l’exploitation familiale et artisanale et c’est une démarche. Aujourd’hui j’ai 67 ans je continue à travailler avec mes enfants. Bon, mon père, il en a 90, il continue à monter sur un chenillard et il est mieux là que dans un EHPAD, évidemment. Mon père, encore à l’âge de 45 ans. Il me disait — alors bien sûr, je suis passé en bio, biodynamie — et il disait « mais il a pas fait faillite à 40 ans, il fera faillite à 50 ans »… parce qu’il comprenait pas que les mauvais raisins je les jetais et il considérait qu’avec ce que je jetais, lui pourrait faire vivre une famille… Aujourd’hui, et Dieu merci, il a compris. Il me félicite à demi-mot, parce que ça lui écorche la gueule quand même de dire que ce qu’on fait, c’est bien (rires). Quand il goûte, il adore, il est content et il dit « Ouais, tu fais du bon vin quand même, » (rires).

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