La radio du bon goût

Immerpif !

Julien Gangand s’est immergé dans les vignobles, curieux de mettre les mains dans la terre, manier le sécateur, fouler, monter un pressoir, suivre les vinifs… nous suivons ses aventures au fil de ses billets sous forme de journal (presque) intime.
Une série conçue et enregistrée par Julien Gangand.

Immerpif, ép. 16 : Immerpif Dans Sa Bulle

Fin mai déjà… Julien a fait un tour dans le (grand) sud-ouest, et préparé la prochaine étape majeure, qui sera en Champagne, avec un nouveau projet de podcasts à la clef !


Texte, son : Julien Gangand
Montage : Laurent Le Coustumer
Musique : Thomas Newman – Bubble Wrap | Erik Truffaz – ET Two

Immerpif dans sa bulle
Vendredi 28 mai… qui l’aurait cru, je me pose pour écrire cet épisode d’Immerpif.
Voici mes valises installées, chez Charlotte et Jérome Bourgeois-Diaz. Nous sommes en Champagne.
Je suis posé en extérieur, sous le tilleul. Mon corps me fait ressentir tranquillement les deux semaines déjà passées ici.
On avait vu avec Jérome que je vienne quelques temps ici pour l’ébourgeonnage et le palissage. Le rendez-vous avait été fixé pour début mai, puis repoussé d’une semaine, puis d’une autre… L’adaptation à la météo et donc au cycle végétal. Après un début d’année assez chaud, le froid était arrivé et avait bien calmé l’essor végétal.
A ce moment-là j’étais précisément en bordelais, j’arrivais chez Pascale et Laurence à la Closerie des Moussis et l’épisode de gel qui allait envelopper la France était annoncé le soir même. Cette sensation étrange, l’accueil chaleureux dans cette ambiance climatique glaçante, les doutes, les choix, les stratégies. Agir ou laisser faire ? Quels moyens humains et financiers déployer ? Toutes ces questions, ces interpellations, ces introspections ! L’étrange sentiment d’être présent sans pouvoir agir. Vouloir aider sans être omniprésent. Offrir ses services pour des actions qui ne sont pas actées, qui ne sont pas décidées.
Je vivrais quelques jours après chez Edith et Gabriel Barre les mêmes sentiments, le risque de gel continuant.
Mais comment suis-je arrivé là ? Ah oui, à l’époque Olivia l’andalouse m’a déposé chez Magali en Corbières, l’idée est d’être en Champagne en mai. Je vais donc filer tranquillement dans le bordelais, je me donne deux bons mois pour me rendre à l’ouest. Le problème est qu’entre les Corbières, les P-O, L’Aude, et le bordelais il y a du monde, des copains à voir puis tous ces gens à découvrir.
Comme une habitude maintenant le mode opératoire est mis en branle.
Définir une période par zone, un espace-temps à vivre… « allo, blablabli blablabla… en gros je serais dans ta région à telle période, on se croise ? 1 jour ? 2 nuits ? une semaine ? ok on se rappelle ! »
Booker un planning à 60 % et pour le reste, laisser place à l’imprévu, à la rencontre, se laisser porter par les « Ah, tu ne connais pas machin ? Je l’appelle, il faut vraiment que tu passes la voir ! »
« Et cette jeune vigneronne tu ne l’as jamais rencontré ? Franchement si tu ne vas pas la voir, tu vas louper un super moment d’humanité. »
Alors au gré des plannings, cumuler toutes ces rencontres de la Méditerranée à l’Atlantique. Quelles richesses, je ne vais pas faire d’inventaire ni de liste, mais quelques villages d’irréductibles Calce, La Tour de France, des Coteaux de Montauban, Cahors, le bergeracois, le bordelais. Tous ces profils, tous ses doutes encore et toujours, tous ces succès gustatifs et commerciaux. Franchement quel pied ! Il fait froid, il fait moche, mais quelle chaleur ! Le plaisir aussi d’apporter un peu de diversité dans cette année sans salons, sans trop de rencontres, être un petit lien entre les vigneronnes et vignerons, apporter des nouvelles, des infos.
Alors me voilà maintenant revenu en Champagne, ma région familiale. Me re-voici chez Jérome et Charlotte, premier domaine où j’ai fait les vendanges en août dernier.
Aujourd’hui il fait beau et le temps semble être calé pour quelques temps.
Ça fait 2 semaines qu’on ébourgeonne, qu’on désherbe ! Ça fait deux semaine que l’on enfile le ciré, qu’on le retire, qu’on marche dans la gadoue, qu’on transpire dans nos bottes. Ça fait 2 semaines que nos mains gantées flirtent avec les ceps, caressent les bois, un genou à terre ou le dos courbé. Et quand on se relève, la vue plongeante sur la Vallée de la Marne, même brumeuse, magnifique et sinueuse…
Je suis là pour quelques semaines, alors je vais adapter Immerpif et faire une série « Jamais muselé », je me pencherai sur le vocabulaire spécifique à cette région.
On va continuer d’ébourgeonner, on va palisser, il va y avoir quelques salons et quand la fleur arrivera, je commencerai à envisager les vendanges.


Julien Gangand