La radio du bon goût

Immerpif !

Julien Gangand s’est immergé dans les vignobles, curieux de mettre les mains dans la terre, manier le sécateur, fouler, monter un pressoir, suivre les vinifs… nous suivons ses aventures au fil de ses billets sous forme de journal (presque) intime.
Une série conçue et enregistrée par Julien Gangand.

Immerpif, ép. 13 : Bojolpif

Après quelques mois d’absence, Julien nous revient pour parler primeur, vin, fête… et nous raconter comment il a choisi de se reconfiner au bon endroit : dans le Beaujolais sud !


Texte, son : Julien Gangand.
Montage : Laurent Le Coustumer.
Musique :Chill Lo-fi Hip-Hop Beats FREE | Lofi Hip Hop Chillhop Music Mix | GEMN | Serge Prisset : Tes lèvres ont le gout du beaujolais nouveau.

Bojolpif !

Il faut bien l’avouer cet Immerpif arrive comme un ch’veu sur la langue ou une feuille sur le sol encore touffu et enherbé d’une vigne bien travaillée.
Mon dernier podcast date de juin ! Déjà, j’arrivais chez Aurélien Petit à Montpeyroux.
Des choses se sont passées depuis, je vous raconterais un jour. Promis je dois m’y mettre.
Cette étrange année, encore et toujours ! Alors que j’arrivais d’Italie, heureux que j’étais pour me poser à Lyon, le second confinement semblait pointer.
Comment rester à Lyon, en appart’ après ce que je venais de vivre, ce que je vis toujours même ?
Comment absorber, digérer, comment redescendre de ces 2 mois de vendanges et même plus de ces 8 mois d’immersion totale ? De confrontation à la réalité des vigneronnes et vignerons ? 8 mois de végétal, de feuille, de fruit, de pioche, de raisins, de goulots, de jus, de vins, d’échanges, de doutes, de rires, de tablées, d’excès, de solitudes, d’intimités ; 8 mois de vie simplement.
Pas le choix, continuer.
Pas le choix, si en fait… Cette année entre parenthèse pour tout le monde a été pour moi celle d’autres possibles. Etant arrivé dans le monde du vin comme ça il y a quelques années. Je viens de vivre un genre de stage finalement !
Bref l’état de fait étant que je ne pouvais rester à Lyon, le Beaujolais s’annonçait comme l’eldorado envisageable pour ce mois confiné. Et quel eldorado : le beaujolais sud, Les pierres dorées. J’ai démarré Immerpif, la vigne était endormie, pour cet espace-temps de novembre la vigne entre en sommeil, tranquillement encore trop stimulée par un automne bien trop doux.
Il existe ici une bande d’irréductibles, non pas à l’ouest comme chez Uderzo mais bien au sud et bien ancrée : la Team sud Bojo Bio ! On sort les palmiers, et les paréos. Moi j’croyais qu’ils et elles bossaient en tongs et tout et tout, mais non, rien. C’est comme les gens du bojo nord, sauf qu’ils sont au sud. La team, c’est des vigneronnes et vignerons qui font du vin bio et nature, des Vins de France, des beaujolais, du gamay, du chardonnay, bref du vin du Beaujolais ! Ça sert à rien de le dire, mais ça va mieux en le disant. Alors ils le disent.
L’activité est calme en ce moment dans les vignes, on griffe un peu les sols, on retire les crochets, on bricole, on répare, on prépare… On a le temps. Ce temps imposé.
Normalement cette semaine est folle ici dans cette région du Bojo : on court, on réserve, on expédie, on expose, on fait des salons, et on attend la sortie des primeurs avec impatience, on prépare ses coudières, les soirées au zinc vont être nombreuses et longues.
Cette année tout est calme. Comment vivre le primeur sans soirées, sans dégust’ sans saucissons chauds, gratons et autres cochonnailles ? Comment vivre le primeur sans accolades, sans tapes sur l’épaule ? Sans joutes verbales, sans engueulades ? Comment vivre un moment convivial sans convivialité ? Même sans Covid quel sera le goût du Beaujolais Nouveau ? Les rideaux sont baissés, nous ne pouvons même pas de la rue nous arrêter, interpellé que nous serions par des éclats les rires imaginaires, nous ne pouvons pas nous approcher d’une vitre embuée dissimulant mal des ombres joyeuses. Il n’est pas nécessaire d’essuyer d’un coup manche ces vitres il n’y a rien à voir !
Toutefois le Bojo nouveau est là, les raisins ont mûri, ont été vendangés, pressés, embouteillés, alors achetons-en chez les cavistes et restaurateurs, goûtons-le, à très vite de le goûter ensemble !
Alors de ce beaujolais sud, dans les vignes enherbées d’où j’aperçois Lyon au loin, j’attends le primeur sans sacrifier à deux rituels madeleino-proustiens à savoir : écouter régulièrement le kitchissime tube de Serge Prisset «Tes lèvres ont le gout du beaujolais nouveau », une ode érotico-culinaire sous-estimée ; et regarder « Le beaujolais nouveau est arrivé » un film de 1978 avec notamment Jean Carmet et Michel Galabru, un Film inspiré du superbe roman éponyme de Réné Fallet. Il y est question de troquets, de zincs, de verres, d’escapades, de vignes, de liberté. Ca s’était avant, espérons que ça soit vite pour bientôt !
« Il est où le vin,
Dans la terre dans le vent.
C’est ça le Beaujolais »
(Réné Fallet)


Julien Gangand