La radio du bon goût

Immerpif !

Julien Gangand s’est immergé dans les vignobles, curieux de mettre les mains dans la terre, manier le sécateur, fouler, monter un pressoir, suivre les vinifs… nous suivons ses aventures au fil de ses billets sous forme de journal (presque) intime.
Une série conçue et enregistrée par Julien Gangand.

Immerpif, ép. 14 : C’est quoi cette bouteille de gin ?

Avant Noël, Julien a fait un crochet par le sud bourgogne, en pays clunisois. Et cette fois, ça n’est pas pour s’occuper de vignes, mais de distillation !


Texte, son : Julien Gangand.
Montage : Laurent Le Coustumer.
Musique : Apifera, Gerçekten Orada Değilsin et Overstand, extraits de l’album Overstand.

Julien, Julien, c’est quoi cette bouteille de Gin ?
Petit retour en arrière. Non pas dans la Delorean de Retour vers le futur que l’on trouve sur la cuvée DMC-12 de David Large. Non un bref retour.
Nous sommes en décembre, un peu avant Noël. Après le deuxième ou second confinement, effectué en Vallée d’Azergues dans le sud beaujolais.
Je me suis posé quelques jours à Lyon, et pense à la suite… continuer ou pas, et où aller. Une chose est sûre, les fêtes approchent et la champagne m’appelle. J’ai comme une envie de blanc, après un mois de dominante gamay… un doigt sur la carte… on remonte hop le beaujo… et stop ! le maconnais… le sud Bourgogne. Allez, ça fait un bail que je ne l’ai pas appelé, je déroule le répertoire G, Gui, Guillot… Julien, les Vignes du Maynes.
Un coup de fil. On prend des nouvelles, les vendanges, les vinifs’, les élevages !
« C’est calme à la vigne, ça taille » qu’il me dit.
Honnêtement, j’aime bien, mais tailler sous la flotte en décembre, j’avoue que niveau motivation… j’ai connu mieux.
Par contre, ajoute-il, il y a le bouilleur de cru qui s’installe. On fait les Marcs, Fines et Gin !
Banco, en cet hiver, on cherche des degrés. Pas ceux dans les vins, comme c’est malheureusement le cas de plus en plus souvent un peu partout à cause notamment du changement climatique… mais pour décembre, quelques degrés d’alcool… pourquoi pas.
Je book un covoit’, direction les Vignes du Maynes.
Julien, l’autre, pas moi, je l’ai connu il y a quelques années, quand je débutais dans le monde du vin sur Paris, un collègue de l’époque, Etienne, m’embarquait vers ce qui s’avérera être ma première dégustation vespérale sur site vigneron naturel … s’éternisant sur un mémorable cuite nocturne !
Il faut reconnaitre à Julien, un talent d’animateur de soirée à l’énergie débordante.
Bref, me voilà débarquant pour quelques jours dans le clunisois.
Les paysages sont superbes, vignes, bois et prés cohabitent.
Au programme, un peu de cuverie, il y a toujours à faire, un peu tout plein d’autre chose en fait… Les Vignes du Maynes, c’est un domaine effervescent, même en hiver !
Je suis en train de brancher un tuyau ou quelque chose de la sorte. Julien entre et me dit, viens, je t’emmène, on a une réunion…. De la Biojolaise…
Merde me dis-je ! A peine arrivé en Bourgogne, on file en beaujo…
Le lendemain, bis-repetita, « viens, j’t’emmène, on a une réunion des Artisans Vignerons de Bourgogne du Sud.
Le plaisir lors de ces deux réunions, objectivement : être assis, observateur privilégié, de ces instants aux objectifs différents.
Pour l’une, l’organisation d’un salon en temps de pandémie, et pour l’autre, des discussions plus techniques sur l’organisation de la structure, l’entraide et les différents aspects du métier.
Bref un plaisir d’observer ses riches et constructifs échanges.
Mais revenons-en au domaine.
En décembre c’est donc la distillation, l’alambic Chapuis se pose devant le domaine pour quelques semaines. Il va distiller pour Julien entre autres mais aussi pour les gens du coin qui apporteront leurs fruits.
La machine est superbe, elle date de 1923, c’est le grand-père qui l’avait achetée… elle est légèrement modernisée, pour des raisons principales de conditions de travail. Cette structure métallique et bois s’illumine dès le petit matin et commence à cracher de la vapeur dans cette atmosphère hivernale. Comme l’impression que le temps s’est arrêté pour cette pratique ancestrale.
Julien va distiller du marc, des lies pour faire de la fine, et du Gin.
Pour le marc, petit exercice physique, vider 2 cuves tronconiques de raisins pressés et bien bien tassé. Bref sortir pas le haut, à la fourche, quelques tonnes… ça fait les bras.
Pour le Gin, depuis quelques semaines, macèrent dans des tonneaux et dames-jeannes (ces bonbonnes en verre) plantes, épices et agrumes. Ces macérations se font dans le marc du domaine distillé l’année dernière.
Chaque contenant sera distillé séparément et une fois le précieux liquide obtenu… Julien se lancera dans les assemblages pour obtenir l’équilibre du Gin qu’il souhaite.L’expérience est unique et pédagogique ! Dans l’alambic, chaleur et humidité se confrontent. Chaque dégustation est à des degrés d’alcool hauts. La bouche est comme tapissée. Sentir la finesse du travail et de saveurs…
La journée est finie, on a fait un sanglier à la cocotte, Noël approche, je reprends la route !


Julien Gangand