La radio du bon goût

Immerpif !

Julien Gangand s’est immergé dans les vignobles, curieux de mettre les mains dans la terre, manier le sécateur, fouler, monter un pressoir, suivre les vinifs… nous suivons ses aventures au fil de ses billets sous forme de journal (presque) intime.
Une série conçue et enregistrée par Julien Gangand.

Immerpif, ép. 11 : En mouvement

Reprise des affaires pour Julien avec le déconfinement : Immerpif va se remettre en mouvement. C’est l’occasion d’un bilan d’étape avant un passage par Lyon et la suite des explorations.


Texte, son : Julien Gangand.
Montage : Laurent Le Coustumer.
Musique : Friends theme (The Rembrandts) / Don’t Stop Me Now (Queen) cover par Foxes.

Immerpif en mouvement C’est un podcast étrange… je dois avouer, j’ai un peu trainé, comme une fermentation qui ne veut pas finir. Ca faisait deux bons mois que j’étais un heureux confiné chez Jacques et sa famille. On discutait sans pouvoir envisager, on travaillait comme on le pouvait et surtout comme la nature nous l’imposait. J’étais donc colocataire avec une famille, merci encore Julie, Jacques et les enfants… cette expérience restera dans les mémoires… ça c’est sûr ! En deux mois j’ai quasi touché à tout ce qui peut se faire comme travail en vigne et en chai en cette dense période. Et puis, comme l’annonce d’un confinement qui allait me localiser à Oudon, l’annonce du déconfinement progressif remettait en branle les perspectives de mobilités… Qui aller voir ? Qu’apprendre de nouveau ? Des points de chute avaient été préalablement envisagés, Les Carroget à la Pao, Anne Paillet et Gregory Leclerc près d’Amboise, et Fabien Brutout sur Vouvray. Je réactivais donc les contacts et me rappelais à leurs souvenirs. Immerpif redevenait mobile. L’idée était aussi de faire des sauts de puces avant de partir. Je me retrouvais donc pour des rencontres impromptues chez Manuel Pineau, David Landron et chez les Mosse pour de superbes et riches moments de découverte des vignes, de fraîches dégustations et d’échanges encore et toujours plus passionnés et conviviaux ! Honnêtement, c’est le pied ces moments, quelques soient leur durée. Honneur vous soit rendu ! Une richesse d’apprentissage, de parcours de vie, de personnalités et de domaines croisés. Des témoignages de plaisirs, de doutes, de stress. Mais surtout de l’énergie et tant de projet aboutis ou en construction ! Comprendre tout ce qui peut être envisagé et tout ce qui est subi. Dame nature ne fait pas toujours de cadeaux, et accompagner quelque chose de vivant, de la vigne au chai, rend humble et fier à la fois. Essayer de comprendre ce que l’on n’a pas maîtrisé, essayer d’envisager comment s’améliorer… Quel joie donc de capter ces moments ! Ces moments d’humanité si facile à vivre mais aussi compliqué à transcrire. La technique du métier est aisée à traduire, les perceptions plus subtiles, les sentiments et émotions, n’en parlons pas… Quels mots pour dessiner une vigne en croissance, quels mots pour alimenter l’énergie d’un vin en barrique, quels mots pour contenir l’atmosphère d’une cave, quels mots pour dessiner les contours d’un verre, quelle langue pour un goût, une texture, une transparence, quels sons pour tous ces bruits, mécaniques ou végétaux..? Quels rythmes et quels styles pour accompagner les changements d’un pied de vigne… d’un cep nu à la fleur ? Nous sommes le 29 mai, je suis dans le TER Tours/Lyon entre Bourges et Moulins… Moulins était d’ailleurs le premier train que j’ai pris pour aller voir Loren début mars. La végétation est toute autre, c’est un long métrage bucolique en panoramique. Je vais à Lyon quelques jours. Ça tombe bien : les bars ré-ouvrent ! Je vais reprendre des nouvelles. Je vais changer ma valise — elle n’est pleine que de vêtements d’hiver, passons à la collection été. Je vais essayer de rattraper le retard pour vous dire tout ce que j’ai vécu de la Loire depuis Oudon ! Je ne sais pas si Immerpif entrera dans le prochain dictionnaire Larousse ou Robert. J’y mettrai en tous cas volontiers les noms maintenant si communs de ces gens qui font du vin propre. Ces gens sur lesquels on veut lire, écrire et parler. Ces faiseurs et faiseuses de vin que l’on aurait dû rencontrer en salon, un verre à la main, boire leurs paroles !


Julien Gangand