La radio du bon goût

Immerpif !

Julien Gangand s’est immergé dans les vignobles, curieux de mettre les mains dans la terre, manier le sécateur, fouler, monter un pressoir, suivre les vinifs… nous suivons ses aventures au fil de ses billets sous forme de journal (presque) intime.
Une série conçue et enregistrée par Julien Gangand.

Immerpif, ép. 3 : No Women No Wine

Julien accompagne Loren Tisserand à la deuxième édition de « Canons », le salon nantais des vigneronnes naturelles !


Texte, son : Julien Gangand.
Montage : Laurent Le Coustumer.
Musique : Soon Hot And Sunny, These Boots Are Made For Walkin’ (Nancy Sinatra cover).

No Women No Wine Je vous ai quitté dans mon précédent podcast chez la viti-vinicultrice Loren. Elle m’avait embarqué à Canons, un salon de vigneronnes dont la 2nd édition avait lieu à Nantes début mars. Il y avait Xavière , Laurence, Pascale, Valérie, Margot, Natalia, Marie, Nathalie, Carole, Corine, Sybil, Ariane, Elodie, Loren, Mu, Sandrine, Zoé, Elise, Nadège, Emilie, Elodie, Saskia, Tessa, Eve, Anne-Laure, Marie, Stéphanie, Aurelie, Elodie, Pauline, Christelle… C’est chouette, c’était bon ! C’est parce que ce que vous n’avez rien à prouver qu’il est nécessaire de le prouver ! C’est parce que vous n’avez rien à justifier que la société vous demande encore de vous justifier ! Et si vous n’en n’aviez rien à foutre… se serait si simple, plus simple. Alors c’est sans chercher à prouver, à justifier vous avez présenté vos vins. C’est en tous cas mon ressenti, un ressenti de mec, un mec du monde du vin, qui n’engage que ma perception, donc, de ce salon. Je n’ai pas envie de faire ici la liste des clichés sexistes, pour ne pas dire beaufs. Je n’ai pas envie de faire ici la liste de ce qui depuis longtemps, trop longtemps, conditionne et minore. Je n’ai pas envie de tout ça parce que dans ce salon je n’ai discerné et ressenti que des bonnes ondes et de bons échanges. Non pas qu’il n’y ait de compétition, je ne suis pas que fleur-bleue. Mais les challenges, discrètement perceptibles, étaient constructifs ! on sentait, du bon, du bienveillant, du simple, du normal si cela veut dire quelque chose. J’accompagnais Loren, j’étais donc un des rares mecs derrière un stand, ça fait drôle en fait, j’faisais pas le fier. Ce salon présentait des vins de vigneronnes, je ne saurais dire s’il y a une différence gustative et qualitative avec un vin de vignerons et, en fait, si, je sais qu’il n’y en a pas… Et, d’ailleurs, si je devenais vigneron, mon vin aurait-il un goût de vin de pédé ? C’est con à rappeler, mais une femme ne fait pas que du rosé et un mec du vin bleu… et moi je ne ferais pas de vin Rainbow. Je lapallisse, je lapallisse ! Le vin ne fait pas genre, ça foire en général. On a donc dégusté des vins, simplement au goût humain. La différence était dans l’approche, peut -être. Pour certaines, ça roulait simplement, naturellement. Pour d’autres, des combats d’affirmations étaient nécessaires, non pas qu’elles le voulaient, mais la société, le milieu pinardier leur demandait, encore. Il y a bien sûr des combats militants encore et toujours nécessaires, des tribunes à signer, des slogans à revendiquer, de comportements à condamner et des connards a qui broyer les couilles pour leur rappeler que ce n’est pas nécessaire de sortir un magnum pour protéger leurs attributs qui manquent d’arguments. Alors j’imagine une table, un banquet, réunissant Spendaramet la géorgienne, la grecque Démeter, l’Iranienne Spenta Armaiti, Bacchus le romain et Dyonisos le grec. Des carafes, des brocs, des cruches, des grappes, des verres pleins, des toasts portés. Toutes et tous trinquant, s’enivrant, dégustant, vivant sans distinction, côte à côte et non face à face. Sans refaire de lapalissade, imaginons un monde du vin palissé ou les ceps et rameau ne ferait qu’un, un cep, une grappe, un vin, un cuvée ! Alors bravo à toutes pour ce que vous faites. Bravo de vos breuvages. Que vous les fassiez en militant ou non, ils ont le goût de la passion, la rigueur de la technique, et ils nous saoulent tout autant ! Et qu’un jour il n’y ait plus ce petit truc, parfois trop gros, gênant, malsain et lourdingue qu’on vous demande, juste parce que vous êtes des femmes.


Julien Gangand